Le banc de jardin « tandem »

Le banc de jardin « tandem »

 

Le monstre

Bien que ça ait un rapport un peu éloigné avec le sujet du croiseur collectif, ça me rappelle une expérience passée.

1979. Ca fait un an que j’ai découvert la planche à voile (à l’époque, il s’agit véritablement de planche, luxueusement équipée de wishbone en teck massif et de sabot du même bois en guise de pied de mât) et me vient l’idée – saugrenue – de construire une planche tandem pour aller un peu plus loin, un peu plus vite…

D’autres que moi, avant ou après, ont sans doute eu la même idée… mais ont-ils obtenu le même résultat… désastreux ?

A cette époque là -au siècle dernier- les planches étaient longues; alors on a doublé la mise; c’est à dire que les deux gréements de planche étaient sans recouvrement et le wishbone arrière ne dépassait pas le tableau de la planche. Un monstre !

Un monstre de contreplaqué et lamellé-collé, avec coffres étanches intégrés, poignées de portage (5m50, 80 kilos sans les gréements).

En navigation, un monstre également : rayon de braquage d’un quart de mile, un autre quart de mile également pour stopper l’engin quand l’un des pilotes tombait à l’eau : l’esquif avait tendance à transpercer les vagues plutôt que de les franchir, et rester à son bord était délicat – personne n’avait encore inventé les footstraps.

Quoiqu’il en soit, nous avons relié le continent aux îles Chausey (10 milles) en 40 minutes.
Mais vu l’encombrement de l’engin, nous nous sommes vite lassés.

Cette planche a passé les 10 années suivantes comme banc de jardin dans la maison familiale.

Si la réalisation était quasi-parfaite -en terme de solidité, pas de légèreté- le concept était … foireux ?

Non, sincèrement, personne n’aurait pu faire pire en terme de conception.

La seule excuse que je me trouve – et encore, en cherchant profond – c’est que nous avons innové (Hi-Fly a exporté en France son 1er tandem quelques mois plus tard).

C’est à dire que nous sommes partis de rien, aucun étalon, aucun repère, aucune recherche préalable, juste une page blanche; de l’improvisation à tous les niveaux !

Dans le même état d’esprit, sans vouloir m’approprier l’invention du speed-sail, celui-ci n’existait pas quand j’ai décidé de percer un skate-board pour y implanter un gréement de planche; mais sur ce coup-là, l’investissement était modique !

Concernant l’existence de photos, je me demande si elles n’ont pas été brûlées sur le bûcher des bonnes-mauvaises idées.

Je pose la question à mon paternel qui a trempé dans l’affaire à l’époque : il a démonté les vitres avant et arrière de sa caravane pour y enfiler l’engin pour le transport !

Les photos

Après des fouilles acharnées, j’ai retrouvé quelques archives qui gravent à jamais la toute première navigation de cet engin monstrueux un jour de grand beau – on n’est pas complètement inconscients non plus.

Je resitue le contexte : Nous sommes en 1980, Windsurfer tient le marché, je viens d’acheter ma première Crit (Pas la D2 qui n’existait pas encore), et les diabolos caoutchouc de Renault Estafette remplacent avantageusement les pieds de mât en teck…

De Patrick Miossec, octobre 2007

 

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