Transformation de l’Iskio 595 en sloop

Transformation de l’Iskio 595 en sloop

Le gréement de cat-boat ketch d’origine ne m’a jamais emballé. Même Patrick Morvan, à l’origine de ce gréement, avait envisagé de le remplacer par un gréement de sloop.

Un mâtage / hissage de voile à blanc dans le jardin a fini de me convaincre de passer tout de suite au sloop.

Tout d’abord, malgré l’absence de hauban, le mâtage s’avère plus difficile et délicat qu’un mât de sloop haubané. Le mât carbone a beau être léger, la manip reste délicate car une fois le mât dressé à la verticale, il n’y rien pour vous aider à le maintenir vertical le temps de l’enfiler dans son trou…

Ensuite, la grand voile principale étant à l’avant, l’affalage et la prise de ris sont compliqués par la présence du rouf. Il est quand même bien plus pratique de pouvoir opérer dans le cockpit avec une grand voile classiquement à l’arrière et un foc sur emmagasineur.

J’ajouterais que le mât d’artimon empêche d’utiliser le deuxième banc de nage et que je voulais aussi pouvoir ajouter un gennaker pour le portant sans m’embêter avec d’éventuelles bastaques.

Enfin, le principal argument de ce type de gréement qui se passe de foc est de pouvoir virer de bord sans toucher les écoutes … sauf que l’absence de bôme réclamait de jouer sur une double écoute pour contrôler le profil de la GV.

Donc, sans regret, me voilà parti pour cette transformation pas bien compliquée.
J’ajoute des renforts inox sur la structure existante pour reprendre les efforts des haubans et de l’étai tandis que le mât reçoit les ferrures nécessaires pour capeler ce nouveau câblage.

Jean-Louis d’Intervoile me taille un joli foc qui, au passage, fait passer la surface totale de 18 à presque 20 m²… soit la surface de mon premier trimaran, un Magnum 21, qui pourtant était un peu plus long et un peu plus lourd. Cela ne devrait pas traîner sur l’eau avec de tels arguments !

Premiers bords du sloop

Nous sommes le 1er mai et mon copain Laurent m’accompagne pour ce premier essai sur l’eau. Les minettes de la Côte ont beau avoir attaqué les séances de bronzing, l’eau est encore froide et n’incite pas à aller « se baquer ».

Il faut dire que le bateau est toujours équipé de sa dérive bois non lestée, utilisée par Patrick Morvan lors de son raid en Suède. On reste sur le qui vive sur cette coque légère et sensible au moindre déplacement, surtout dérive haute.

Heureusement, le vent est léger … très léger. Je mesure 3,2 noeuds à l’anémomètre.

Prudemment, on s’éloigne de la plage à l’aviron.

Remarquez comment le poids de Laurent remontant l’ancre à l’avant décolle de l’eau la voûte arrière… et comment son retour dans le cockpit fait gîter le bateau alors qu’il est presque dans l’axe central.

Je suis pas en train de vous dire que mon copain est gros … c’est juste que ce bateau est étonnamment léger … et réactif.

On borde les voiles et c’est parti.

Premier virement de bord. Le bateau s’avère plus calme que ce que l’on craignait. La vitesse lui permet de se caler sur sa dérive et de modérer ses ardeurs.

On s’amuse à enchaîner les virements de bord.

Le bateau a parfaitement bien digéré sa transformation et se montre bien équilibré.

Julien Marin, l’architecte qui a dessiné ce bateau, avait calculé qu’il fallait placer le mât 20 centimètres derrière le rouf … et il ne s’était pas trompé.

La grand-voile passe largement au dessus des têtes. On pourrait réduire la hauteur du mât pour l’abaisser si l’on est sûr de ne jamais vouloir revenir au gréement cat boat d’origine.

Le GPS annonce des performances au top : grâce au vent apparent que l’on se crée, on atteint 4 noeuds au près !

Le GPS affiche même des pointes à 5 noeuds en débridant un peu. Cela se présente bien pour la suite de mes projets …

Après cette première séance, retour à l’atelier pour y remonter la dérive lestée d’origine à la place de la dérive en bois.


Ces 70 kg supplémentaires plongés sous l’eau ne seront pas de trop pour améliorer la sécurité de l’engin en utilisation rando.

Le pont de 4 jours du 14 juillet suivant nous donne l’occasion de nous en assurer, accompagné par un trimaran Astus 20.1 (lire le récit).

Côté performance, malgré sa dérive, le chargement pour 4 jours et les 3 gaillards à bord, le bateau reste vif. Non seulement, il tient le trimaran en vitesse (qui est encore plus chargé, il faut le reconnaître), mais il se paye même le luxe d’être souvent plus rapide ! Au prix, il est vrai, d’un engagement permanent de l’équipage.

Tous assis au vent à force 2 et tous au rappel dès force 3 … A force 4, on est déjà à la rue. La dérive lestée ne suffit pas à calmer définitivement son tempérament … vivant.

Après cette première rando, il fut décidé d’ajouter des câbles de trapèze pour tenir la bête sans devoir réduire trop vite. On a pu constater que ce n’était pas du luxe lors de la rando suivante où le vent est monté jusqu’à force 8 le deuxième jour.

Le premier jour à force 4 à 5 au près, c’était déjà sportif. Avec 3 adultes à bord, c’était trapèze en continu et les 2 autres au rappel, une main en permanence sur l’écoute de GV. Concentration exigée sous peine de partir au tapis. Combi néoprène de rigueur pour chacun.

Après avoir passé un cap, le vent se calme un peu. J’en profite pour laisser la barre à Florence, histoire qu’elle découvre et apprenne à dompter « le pur sang ». La rafale qui nous a cueilli quelques secondes après a bien failli nous faire franchir le point de non retour jusqu’au chavirage … bon, ben finalement, j’vais reprendre la barre. Chaud le boat !

C’est fun … mais pas de tout repos et franchement déconseillé avec des enfants. Une navigation qui s’apparente plus au jeu d’équilibre des catas de sport dans la brise, avec la capacité de charge en plus et les risques d’enfournement en moins.

On a navigué le lendemain sous foc seul par force 6, grand largue tranquille, travers plus sport et enfin bon plein plus laborieux. Lorsque c’est monté à 7-8 après le pique-nique, on a préféré rouler la toile et continuer au moteur (face au vent).

Conclusion : voilà un engin de rando particulièrement vivant. Un régal absolu de finesse et de sensation dans le petit temps (force 2 à 3). Le top lorsque l’on sort une heure ou deux pour s’amuser, mais plus exigeant physiquement si la sortie dure une journée ou plus. Et lorsque le vent monte, ça devient carrément chaud …

Entre la fougue de cette monture sauvage et la sérénité de mon trimaran facile à apprivoiser, mon coeur balance…
Se payer des runs sportifs une paire d’heures entre copains puis partir des jours en balade tranquille en famille. C’est pour conjuguer ces 2 programmes opposés avec un même bateau que j’ai acquis cet engin !

Pour cela, reste plus qu’à donner un nouveau visage de randonneur pénard à ce sportboat hyperactif…

de Jean-Marc Schwartz, février 2007

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