Ad augusta per angusta, le maxi-raid

Ad augusta per angusta, le maxi-raid

Le 1er février 2008, au beau milieu de l’hiver, je reçois un mail de Pierre Bardina : « Bonjour, je suis très intéressé par l’Astus 20. Je suis paraplégique, et aimerais voir les possibilités de ce bateau par rapport au handicap ».

S’ensuit un échange téléphonique où je commence à percevoir la détermination du gaillard qui envisage des randonnées au long cours… en solitaire. Également curieux de voir comment cela peut se passer, rendez-vous est pris la semaine suivante pour un test sur l’eau.

Le jour J, je vois arriver Pierre au volant de sa camionnette, en compagnie d’Esther. L’objectif de la séance est de voir si le bateau peut convenir à ses projets de navigation ambitieux. Il doit donc arriver à se débrouiller au maximum tout seul.

Je m’occupe du matage et mise à l’eau de l’engin puis, une fois amarré au petit quai en béton, Pierre embarque sans aide extérieure :

  • descente de la chaise roulante
  • démontage et repliage de celle-ci
  • passage par le trampoline pour accéder au cockpit

Nous larguons les amarres et je laisse Pierre manœuvrer à la barre tandis que je m’occupe du foc.

Les premières impressions sont positives. La taille réduite, la stabilité et l’ergonomie du bateau semblent convenir même si le passage d’un banc du cockpit à l’autre, à la force des bras, reste encore assez physique.

La soirée passée ensemble nous permet de lister les principales difficultés à surmonter et d’entrevoir des embryons de solutions.

Les épreuves ne manquent pas :

  • comme descendre dans la cabine… et en ressortir
  • les manœuvres de mouillage
  • débarquer sur une plage
  • et si le quai est trop haut
  • remonter à bord après une baignade
  • intervenir sur l’emmagasineur du foc ou du gennaker en cas de problème
  • etc

Avant de repartir, Pierre me laisse un exemplaire du livre qu’il a écrit : Sur la route… d’Henry de Monfreid.

J’y découvre un peu plus le personnage et son histoire. L’accident de plongée qui l’a privé de l’usage de ses jambes. La longue et douloureuse convalescence qui a suivi. Le baroudeur ancien recordman de plongée qui, en guise de pied de nez à son handicap, traverse à la voile, en compagnie d’autres valides et invalides, la méditerranée et la mer rouge jusqu’à Djibouti, sur les traces de son héros.

Passage à l’acte

Quelques semaines plus tard, Pierre achète son Astus 20 et commence alors la longue préparation de sa navigation/défi :

  • prises de ris automatiques
  • fauteuils de cockpit
  • mousses anti-escarres
  • descente de cabine

le projet « Ad augusta per angusta »

Pierre est bientôt rejoint dans ses rêves d’escapade nautique par Willy Villerel, autre marin paraplégique.

Leur projet : réaliser la moitié du tour de la méditerranée en longeant l’Espagne puis l’Afrique du nord jusqu’en Egypte !… Et montrer qu’avec des moyens financiers et physiques modestes, on peut vivre « la grande Aventure ».

3000 milles nautiques, l’équivalent d’une grosse transat, à réaliser en 2 mois.

Le 23 juin 2010, ils larguent les amarres de Valras Plage. En avant l’aventure !

Vous pouvez découvrir leur projet sur http://www.a2pa.org/ et suivre leur périple sur Facebook (http://www.facebook.com/group.php?gid=177306818087).

De Jean-marc Schwartz, juillet 2010

Cet article a 0 commentaires

  1. Voila un beau projet !

    … qui me laisse admiratif et me détermine à ne plus me plaindre quand je descendrai dans la cabine.

    Bon vent.

  2. patrickm

    nos bateaux…

    sont en effet les mieux adaptés ou adaptables aux navigateurs à mobilité réduite. Mais dans les projets dont j'ai entendu parler, les multis étaient de taille bien supérieure; c'est sans doute une première! difficulté majeure, en effet, l'accès à la cabine : les multis ont -souvent- la particularité d'avoir le carré au même niveau que le cockpit, mais ça n'est pas le cas de nos coquilles de noix. messieurs, chapeau bas !

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