Un Astus 20 sous les tropiques (Mayotte)

De la baie de Morlaix au lagon de Mayotte

Le Ti punch, trimaran Astus 20.1 de la cuvée 2007, après deux étés « toniques » sur les côtes de la Manche, en baie de Morlaix, a regagné Saint-Nazaire en août 2008 pour le grand voyage auquel il était destiné depuis le départ.
Le 1er octobre, le container 40 pieds était disponible sur le port de Longoni, à Mayotte (1).

Pour les distraits, Mayotte est une île minuscule, territoire français, perdue entre Madagascar et la Tanzanie.

L’Astus a été choisi pour cette destination :

  • un immense lagon, avec, par endroit, une double barrière de corail, protégé de la houle de l’Océan Indien et des cyclones par Madagascar.
  • Une mer plate pratiquement toute l’année.
  • des marées avec un marnage de 2 mètres.
  • des mangroves, des plages, des récifs de coraux …
  • des fonds jusqu’à 70 mètres par endroits.

C’est un véritable sanctuaire pour une faune marine très diversifiée, jusqu’aux baleines qui se servent du lagon comme pouponnière…

Il y a deux saisons :

  • d’avril à octobre (en hiver) : beau temps et vent force 4 .
  • de novembre à mars : pluies tropicales, pétole, courants d’air ténus, rarement des tempêtes.

Premier bilan

Disons le d’emblée : après deux mois de pratique intensive, à raison de trois ou quatre sorties par semaine, l’Astus 20 se révèle être le bateau idéal pour cet environnement.

Quelques impressions, un choix parmi les moments magiques qu’on a pu vivre à bord.

Les hamacs-trampolines sont trop mous, ai-je lu quelque part… Ici, c’est parfait. En Bretagne, on ne s’en servait guère, et pour cause.

Ici, c’est un superbe poste de pilotage pour les tout petits airs : allongé, sous le vent, on glisse sur une mer plate. Les bateaux qui nous croisent sont parfois surpris de voir un cockpit vide…

Pour le mouillage, opération parfois délicate en fonction de la marée, une ancre FOB de 2 kg et 50 m de bout plombé.

Pour les voiles, j’avais choisi le standard, pensant que les matériaux style mylar seraient plus délicats à réparer et plus sensibles aux UV.
Parfois je rêve d’un spi léger sur tangon, à voir…

Petits airs…

Dans la baie d’Hagnoundrou (comme ça se prononce), des petits courants d’air en cette saison : glissades sympathiques ; et puis des trous de pétole.
Selon le cas, on triche en se dégageant au moteur sur 200 m, ou on se laisse porter en attendant. Silence sur l’eau, interrompu fréquemment, quand on y prend garde, par des chasses constantes : des bonites qui sautent pour échapper aux prédateurs ; parfois des dauphins.

Souvent, spécialité de Mayotte, une petite tête sort en périscope, puis un gros remous : les tortues sont très nombreuses.

Un frémissement d’air : c’est là qu’on voit à quel point la répartition des poids est essentielle, et ça repart.
Sillage délicat sur la moire : pas de vent, on avance à trois nœuds.

Grain tropical

Il fait chaud, l’air est lourd, saturé d’humidité (mais moins qu’à terre), et d’énormes nuages noirs approchent, noyant la côte sous les grains.

Réflexe breton, on s’attend à se ramasser une grosse claque et on cherche le deuxième ris … Erreur.
Le grain arrive, inexorable, et c’est la pluie tropicale : des cordes, sans discontinuer, pendant une, deux, trois heures. Le cockpit, planchette enlevée à l’arrière, évacue des dizaines de litres d’eau.
La mer devient plate comme une tôle, couleur zinc, criblée par l’averse, et, divine surprise, là-dessous, il y a 6 nœuds de vent.

Après deux ou trois heures, l’eau du lagon devient rouge : des torrents de boue charrient sur l’eau des noix de coco, des branchages de mangrove, et bien d’autres débris.

La mangrove

Dans les petits airs, sous grand voile seule, dérive relevée, on peut longer la mangrove, et passer au ras des palétuviers qui colonisent le fond des anses. C’est drôle de voir des arbres dans l’eau.

On ne s’engage tout de même pas dans les petits passages, comme font les kayaks, et on évite de mouiller : trop de vase.

Beaucoup d’oiseaux, mais pas de crocodiles comme à Madagascar…

La côte est le plus souvent frangée d’un plateau corallien. A marée basse, les coraux sont à fleur d’eau. A marée haute, on les « survole » sans problème, en arrivant sur la pointe des pieds malgré tout.

A quatre mètres de fond, l’eau est verte et transparente. On voit les tortues, majestueuses, on dirait qu’elles volent. On voit parfois des raies d’une envergure impressionnante.
Quand le spectacle vaut le détour, on reste en position stationnaire, foc à contre.

Quand l’eau prend une couleur jaune sale, les coraux sont là, à fleur d’eau. Reste à mouiller au tombant : à tribord, un mètre d’eau, à bâbord, vingt mètres, et le long de cette muraille sous marine, un spectacle qui incite à prendre masque et palmes.

C’est là que l’espace de l’Astus est apprécié (je ne parle pas de la cabine, on n’y est jamais, sauf déluge tropical).
On installe le taud, on sort le ti punch apéritif et le mérou fumé… Pardon, j’oubliais que décembre n’a pas la même tête en France métropolitaine… Et que les Astus attendent sagement sous les hangars !

La côte de Mayotte est très découpée. Malgré sa petite taille, il faut du temps pour en faire le tour.
Nous verrons en mars/avril, quand les vents seront mieux établis.

Pour l’instant, notre aire de jeux fait quinze miles sur quinze.
On beache rarement, surtout sur les plages désertes, et on ne fait pas de bivouac : cela viendra aussi, mais avec quelques précautions.
Les mauvaises rencontres, avec parfois des épisodes très violents, ne sont pas impossibles, et le mouillage au tombant est parfois plus sécurisant.

Il y a le revers de la médaille, dans ce petit paradis…

Conclusion : sur le lagon mahorais, l’Astus 20 mérite un vingt sur vingt.
Quoique, avec un peu plus de toile au portant…

De Bruno B., janvier 2009

Cet article a 0 commentaires

  1. Un peu de chaleur Merci pour ces images paradisiaques qui nous permettent de rêver à nos futures navigations !

    Avec la météo actuelle sur la RP, difficile de motiver les troupes pour sortir l »astus
    :frown: mais je ne désespère pas.

  2. jolies photos …
    par curiosité combien ca coute un container ?

  3. details pour ne rèver pas toute la vie Combien coute un container 40″
    et aussi de quel port il est parti pour le voyage et avec quelle compagnie de navigation ?
    Pour réjoindre Mayotte ?

    Salut et merci de tous

    1. Le bon plan ?On s »avait déjà, à travers les nombreux récits dans Nautical Trek, qu »un petit voilier transportable permettait de très belles escapade nautiques… sans se ruiner.

    2. conteneur boatJ »ai ajouté au catalogue la fiche du Puck dessiné par le brillant JP Brouns (http://www.nauticaltrek.com/voiliers/monocoques/5m50/puck.html).

      Dans un registre aux antipodes du multicoque randonneur qu »est l »Astus 20, ce monocoque taillé pour pouvoir voyager dans un conteneur de 20 pieds regorge … d »astuces.

      A l »époque où ce bateau a été conçu, le coût du transport par conteneur était bien plus intéressant qu »aujourd »hui (5000 F pour aller de l »autre côté de l »atlantique).

  • départ pour Mayotte … de Walter Air Austral compagnie de la Réunion spécialisée dans le transport aérien dans l »Indien, a maintenant des vol en 777 entre la métropole et Mayotte en plus des vols en 337 via La réunion. Hélas Walter, en cargo il n »y a aucune ligne « passagers » pour le port de LONGONI à Mayotte. Et pour envoyer un container quand on n »est pas un pro de la Log il faut choisir un transitaire de confiance ( il parait que cela existe !!!) :pissed: :rolleyes: sinon tarif à la tête du client !
    Surtout il faut avoir des nerfs d »acier et être patient. Des délais de 8 à 16 semaines étaient courants il y a trois ou quatre ans. Le container peut parfois faire un sacré chemin au hasard des ports « HUB » et des cargos qui vont le réacheminer depuis Rotterdam ou parfois Le Havre. Il peut bien passer par la Chine avant de revenir dans le canal de Mozambique (souvenir vécu) . Le RORO partant de la métropole pour l »Afrique de l »est et faisant escale à Mayotte c »est une rareté ! Alors pour s »y installer quelques temps c »est envisageable d »exporter le boat, mais pour passer une semaine de vacances sur le lagon … ce n »est pas un bon plan. On peut louer avec les bateaux qui tournent surtout sur MADA à NOCIBE. Il y a quelques temps on pouvait aussi s »arranger avec des Tourdumondistes en escale à rallonge à Mayotte qui voulaient renflouer la caisse de bord. Mais les bateaux étaient parfois très folkloriques.

  • Ben voyons !!!! Ecoutez le , le Jean-Marc!
    Quarante balais bien pesés, la petite dernière encore « en bas âge »…Et il nous parle déjà de sa retraite… 6 mois en Méd…6 mois sous les cocotiers!

    Mais ta retraite, mon ami, tu la prendras à 80 piges…comme tout le monde!
    Et t »as intérêt à bosser sacrément, en attendant …pour payer la mienne !

    Non mais !

    Philou le prégrabataire.

  • demande d »infos et contact merci pour ce récit qui valide mes projets.
    Après avoir vécu 4 ans à Mayotte et navigué intensément en cata de sport, j »ai fait l »erreur d »amener un lourd voilier de voyage à Madagascar où je suis résident. j »envisage maintenant de faire venir ce même trimaran à Mada.
    Bruno, peux-tu me contacter à leger.vincent(at) yahoo.fr
    merci

    1. un conteneur pour Mayotte salut à tous, et bonne année!
      un tel trip ne peut convenir qu »à quelqu »un qui vient résider à Mayotte, of course. Je me suis adressé à la société long cours, pas donné mais prestation irréprochable. amener le bijou au port de Saint Nazaire, le faire rentrer dans la boîte, compter 6000 euros pour un 40 pieds à soi tout seul. Avec un vingt pieds, problème avec le mât (transport séparé, et soucis à prévoir). On peut diminuer le tarif en s »arrangeant avec un autre partant, on peut y mettre une voiture en plus du tri. deux mois d »attente pile poil. bref, un caprice de fonctionnaire en fin de carrière; vu la fréquence des sorties et le plaisir de la nav, si il y a une dépense que je ne regrette pas, c »est bien celle-là!détail: le bateau doit vous appartenir depuis plus d »un an, sinon tarifs douaniers exorbitants.

      1. mât en 2 partiesPour caser un mât dans un conteneur de 20 pieds, j »ai entendu parler de possibilité de manchonnage pour obtenir un mât démontable en 2 parties. Par contre, je ne sais pas ce que cela donne côté fiabilité et coût. :confused:

      2. un conteneur pour Mayotte

        @ Bruno :Bonjour,

        Tu m'avais contacté avant de venir à Mayotte et j'y suis à nouveau. Possible de voi ton tri ? Hagnoundrou ?

        Me joindre : francois-260@9online.fr

  • conteneur pour Mayotte… et prendre une BONNE ASSURANCE, sans sous-évaluer tout le bazard: le boat, la voiture et le déménagement que les spécialistes installent dans le container, sur des structures en bois perdu par dessus la voiture et le bateau !

  • nico (Equipier Nautical Trek)

    La retraite? C »est quoi ça… Merci Bruno pour ce magnifique reportage, ca me conforte dans mes intentions de ne pas attendre la retraite pour voir ça de mes propres yeux!
    Jean Marc, on pourrait peut etre faire la nav ensemble jusqu »aux Antilles, comme dans le vendée globe, c »est mieux à plusieurs, j »ai un crenau en 2011, en Astus 22 ca devrait etre du billard??
    nico

    1. Les tropiques en 2011J »en prends bonne note dans mon agenda

      vivre sur un voilier a mayotte Bonjour,
      nous allons venir habiter a Mayotte en aout 2009. Nous vivons actuellement en métrople sur votre voilier . La question que nous n »avions pas encore osé nous poser-Est ce que nous amenons le bateau ?-

      Pourriez vous me parler de la vie a bord sur cette ile.

      Stéphan

      1. Construction tri à Mada j »ai connu les affres de l »importation de conteneur à Mayotte et n »ai pas envie de recommencé à mada.

        j »ai donc décidé de construire, ce qui est bien avancé.
        les trois coques sont en cours de stratification verre époxy sur moule mâle.
        le cata fait 18 pieds et va hériter d »un gréement de dart 18 trouvé à Mayotte et ramener sur le pont d »un voilier à Nosy bée.

        je serai ravis de rencontrer un jour Bruno sur l »eau du coté de cette ile paradis.

        Bonnes navs à tous
        Vincent

    2. Elle est pas belle la vie des expat !!
      Apres le croiseur je suis revenu au DART18 et à donf dans la rade avec Mister valparaiso !!
      A+ à vous deux et à Bientot .

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