Premier bivouac Croate

Premier bivouac Croate

This entry is part 2 of 9 in the series La Croatie et Venise en Astus 20

10ème jour, progression difficile par la route

Le vent a continué de souffler fort toute la nuit, mais c’était presque insensible une fois couchés dans le bateau correctement orienté sur sa remorque cette fois.

Le bulletin météo pris à la marina de Skradin (1) reste aussi maussade que celui des jours précédents : pluie, orage et vent fort pour les deux prochains jours, et avis de coup de vent de 35 à 50 nœuds (force 8 à 10 !) dans la matinée… pas cool.

Seule lueur d’espoir, une fenêtre météo sympa pour l’après midi : soleil et vent calme.

Las du camping à terre, j’improvise un plan de secours. Nos copains-voisins viennent de passer une semaine en croisière sur un bateau de charter croate et enchaînent ensuite par une location d’une semaine d’une maison sur une île… parmi le millier qui parsème les côtes de Croatie.

Nous sommes samedi, le premier jour de leur location. Si l’accalmie météo de l’après-midi nous permet de les rejoindre en bateau, nous pourrons toujours nous réfugier chez eux si le temps vire au cauchemar.

N’ayant pas loué eux-mêmes cette maison qu’ils partagent avec des amis, ils nous ont laissé peu d’indications pour les retrouver. Pas d’adresse, pas de numéro de téléphone, juste le nom de l’île et du village. Il faut dire qu’on ne projetait pas initialement de descendre si bas en Croatie à leur rencontre…

Un coup d’autoroute nous mène rapidement jusqu’à Split (2), distant de 70 kilomètres seulement. C’est là que se termine, pour l’instant, l’autoroute qui longe la côte.
Il nous faut maintenant emprunter la route littorale sur une cinquantaine de kilomètres pour nous retrouver en face de Sumartin (3), le village des copains, à l’extrémité Est des 40 kilomètres de long de l’île de Brac.

A peine sortis de Split, nous tombons dans un bouchon d’enfer. Longues minutes d’attente, arrêtés, puis nous avançons de quelques centaines de mètres… et rebelote. Après 20 kilomètres de ce régime, nous préférons jeter l’éponge et continuer par la mer. Cela sera plus rapide et plus agréable.

On s’arrête dans un village après Jesenice (4) à la recherche d’une mise à l’eau qu’on finit par nous indiquer, dans un port en miniature.
Peu praticable (et sûrement peu pratiquée), elle commence par des graviers, jusqu’à l’eau puis se poursuit par une dalle de béton en partie affaissée sous l’eau. Il y a très peu de pente et de profondeur mais cela fera l’affaire. Vive les petits tirants d’eau et les déplacements légers !

Après renseignements auprès des locaux dans un bar, on nous indique que nous pouvons laisser nos voiture et remorque garées directement le long du quai. Parfait !

Halléluia, on navigue enfin en Croatie !

15h30, nous voilà partis. Petit force 3 au grand largue, l’équipage jubile de pouvoir enfin naviguer. L’île de Brac n’est distante que de 8 km du continent. C’est la 3ème plus grande île de la mer Adriatique et la plus haute, culminant à 780 mètres.

Nous sortons le gennaker lorsque nous devons abattre au vent arrière pour longer la longue côte. Cette partie nord de l’île est plutôt austère. A part deux ou trois criques sympas, la plupart ne sont guère accueillantes.

Deux heures plus tard, nous passons devant Luka (5) et poursuivons vers l’est.
Parvenus à une dizaine de minutes de l’extrémité de l’île, le vent bascule de 180 degrés. Il commence à se faire tard, plus de temps à perdre à louvoyer dans ce vent qui tombe, nous poursuivons au moteur.

Nous voilà rapidement devant Uvala Rasotica (6), l’un des mouillages sauvages préférés de Trévor Thompson, auteur du très complet guide de navigation Imray couvrant l’Adriatique.

Distant de quelques kilomètres seulement de Sumartin, notre objectif, on décide de s’y arrêter pour la nuit. Je me dis que même si les conditions météo devenaient épouvantables le lendemain matin, je pourrais toujours me rendre au village à pied.

L’étroit bras de mer s’enfonce dans les terres, offrant un abri parfait quelque soit l’orientation du vent et des vagues.

Seuls 2 bateaux à moteurs occupent les lieux, 2 familles autrichiennes mouillant à couple, arrivées en Croatie après 50 heures de route avec leur bateau en remorque.

Technique à inventer

Nous voilà sur notre premier lieu de bivouac nautique en Croatie. Nous découvrons concrètement le type d’environnement que nous retrouverons la plupart du temps durant la suite de notre séjour.

Nous avions lu plusieurs récits de croisière en Croatie dans les magazines de voiles, parcouru des guides et questionné ceux qui y étaient allés en bateau. Tous parlaient de croisière classique sur un quillard. Aucun exemple de périple sur un tout petit voilier non habitable …

Nous savions qu’il était aisé de trouver un mouillage abrité mais extrêmement rare de dénicher une plage. Je me suis dit qu’une fois sur place, on verrait bien comment s’adapter à cet environnement avec notre bateau et notre type de navigation hors norme.

Nous y voilà, voyons donc comment s’y prendre.
Notre bateau est si petit qu’il est indispensable de pouvoir débarquer aisément et directement à terre pour en prolonger l’espace vital. Surtout avec 2 enfants à bord … et sans annexe.

Premier réflexe, aller tout au bout de la calanque pour beacher. Peu importe si ce sont des cailloux, on protègera la coque avec les pare-battages, me dis-je.
Vite dit… mais pas évident à mettre en pratique. Tout d’abord, le fond des criques est si abrité, l’eau si calme, que l’endroit en devient souvent semi marécageux.

Ensuite, c’est l’endroit de prédilection que choisissent tous les « sauvages » qui abandonnent là leurs sacs poubelles, formant des tas d’ordures repoussants.

Enfin, il y a très peu d’eau. Le marnage d’une cinquantaine de centimètres suffit à vous échouer sur la caillasse dont les arêtes sont restées vives faute d’érosion par d’improbables vagues. Les pare-battages s’avèrent alors insuffisants pour protéger la coque.

Plus sagement, nous gardons un peu plus d’eau sous la coque en nous amarrant à un petit quai, ou plutôt, pour ne pas gêner les éventuels usagés, à son prolongement en pierres sommairement amoncelées.

Effectivement, quelque temps après, un Croate viendra amarrer l’étrave de sa barque à l’extrémité du quai, nous montrant ainsi la technique locale, simple et éprouvée : amarre courte à l’avant et ancre et chaîne à l’arrière, réglée de telle manière qu’en tirant sur l’amarre avant, on puisse rapprocher suffisamment l’étrave du rocher pour y débarquer d’un bond, mais pas trop pour que le bateau ne cogne pas en cas de coup de vent. Principe comparable à l’amarrage sur pendille, fréquent dans les marinas méditerranéennes.

Malheureusement, cette technique n’est pas très adaptée à notre situation. Les enfants n’ont pas la force et les longues jambes nécessaires pour tirer sur l’amarre et franchir sans risque la distance jusqu’à terre.
Profitant du plan d’eau parfaitement calme, je préfère immobiliser le flotteur tout près du bord en bloquant le bateau avec 4 amarres, à une trentaine de centimètres des rochers.
3 pare-battages sont installés, au cas où…

Les filles partent à la recherche de crabes et crevettes, après avoir découvert ceux attrapés à l’épuisette par les petits autrichiens.

A terre, pas vraiment de quoi cavaler, coincés entre les rochers et les broussailles.

La Bretagne en Méditerranée

Nous empruntons un petit sentier qui permet de rejoindre, cachées plus en hauteur derrière la végétation, quelques maisons de pierre, en ruine ou en cours de rénovation, desservies par un chemin de pierre carrossable.

L’une d’elle m’évoque les longères en granit et toit de lauze que l’on trouve … en Bretagne.
Superbe !

C’est d’ailleurs, à l’ombre d’un arbre immense devant cette belle bâtisse abandonnée que la Creative Community a installé son siège. Enfin, je veux dire son camp de base dans sa tente igloo.

11ème jour

Le système d’amarrage tendu entre 4 points, associé au calme remarquable de l’endroit a parfaitement fonctionné. Comme s’il était échoué, le bateau est resté incroyablement immobile durant toute la nuit.

Tandis que les filles se partagent, pas toujours équitablement, la couchette double dans la cabine, Florence et moi profitons sous la tente de la largeur confortable du cockpit.

Le dispositif réclame l’installation d’un sommier à lattes, reliées par des sangles, que nous déroulons entre les bancs du cockpit, avant d’y poser la tente (modèle T2 de chez Décathlon) et d’y gonfler les matelas pneumatiques. Drap housse et couette complètent l’équipement de notre petit nid douillet.

Au final, on obtient un couchage, certes un peu fastidieux à installer à la longue, mais d’une dimension (200 cm de long par 150 de large, y compris aux pieds) que nous envieraient nombre de croiseurs plus grands.

La météo est toujours bonne. Ni pluie ni coup de vent à l’horizon, les filles ont le temps de s’amuser avec les crevettes et les énormes sauterelles (10 cm de long !) qui bondissent de buisson en buisson.

Il manque même un peu de vent pour pouvoir rejoindre Sumartin (3) sans devoir utiliser le moteur par moment.

Seconde escale dans un petit bras de mer (7) utilisé par les pêcheurs locaux, un peu à l’écart du village. On s’installe en bord de route le long d’un petit quai, déserté faute de profondeur d’eau suffisante.

Pas un problème pour nous. Le flotteur cale de 0 à moins de 10 centimètres avec un adulte perché dessus et maintient les 30 cm de tirant d’eau de la coque centrale à distance suffisante du quai pour ne pas toucher le fond, y compris à marée basse.

A marée haute , on passe tout juste à sec sur les cailloux lorsqu’il s’agit de rejoindre la route, au niveau d’une cale de mise à l’eau parfaitement opérationnelle. Ce n’est d’ailleurs que sur les îles que nous verrons des cales de mise à l’eau en bon état.

Rapidement, on se rend compte que ça ne va pas être évident de retrouver nos amis… Si le village est petit et les français rarissimes, les berges de la baie sont remplies de maisons de location planquées sous les arbres.
Pas d’office de tourisme mais on m’indique qu’il y aurait des français dans une maison sur la rive ouest.

Les tâches de l’après-midi sont vite distribuées. Florence est volontaire pour « garder le bateau » (= sieste dans la cabine) pendant que les filles ne se lassent pas de capturer les crabes qui revendiquent notre bout de quai. Quant à moi, je pars explorer la rive ouest à pied.

Pas de trace de plaque minéralogique tricolore (quasiment que des véhicules allemands), ni cris d’enfants francophones. Je rentre bredouille.

Le temps change, commence à se couvrir et l’air à se refroidir.

Je retourne au village avec l’idée de proposer de l’argent à un jeune croate pour m’aider à les dénicher quand je m’arrête en route au port pour regarder le spectacle du débarquement du mini ferry qui fait la navette plusieurs fois par jour avec le continent. Soudain, j’aperçois un 4×4 français parmi les quelques véhicules embarqués. Ce sont eux !

Ce n’est pas le samedi que démarre leur location mais aujourd’hui, dimanche, et les voilà qui arrivent. Cool.

Ils nous invitent à les rejoindre chez eux, à quelques centaines de mètres du bateau. Douche chaude, apéro dans le jardin suivi d’une plâtrée de pâtes monumentale. Super cool.

La pluie s’installe en soirée et pour une bonne partie de la nuit. Leurs amis étant retardés quelques jours à cause d’un problème de passeport légèrement oublié à la maison, ils nous proposent de rester dormir sous leur toit. Top méga cool.
Z’ont eu une bonne idée, les copains-voisins de venir aussi en Croatie cette année !

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