La thalassothérapie des dauphins

La thalassothérapie des dauphins

This entry is part 4 of 9 in the series La Croatie et Venise en Astus 20

14ème jour, coup de mou

La nuit a été glaciale sous la tente. Malgré notre tee-shirt recouvert d’un second à manche longue, notre pantalon et nos chaussettes, blottis sous la couette, on a dû enfiler une polaire sur le coup des 5 heures du matin.

Heureusement, la nuit a été calme. Enfin, je parle du plan d’eau, pas de certains bateaux particulièrement bruyants au mouillage.
Les pare-battages fixés préventivement à notre quai rocheux n’ont pas été mis à contribution.

Nos voisins, arrivés en semi-rigide en fin de journée la veille, ont déjà attaqué le démontage de leur grande tente « intégrale ». Il s’agit d’une famille de français en randonnée motonautique avec leurs grands enfants.

Nous avions déjà croisé une famille française la veille sur ce type de pneumatique cabané.

Depuis quelques jours, Florence a le blues. Entre les difficultés diverses essuyées depuis le début du séjour et les conditions de bivouac plus délicates que prévues, on ne peut pas dire que tout se déroule comme on l’avait rêvé…  Surtout lorsqu’elle se remémore notre périple fabuleux l’année précédente en Corse, et que les hormones s’en mêlent.

Pour les filles non plus, ce n’est pas évident. Souvent coincées sur un morceau de rocher agressif par une végétation infranchissable, elles profitent peu des plongées à cause de l’eau froide. Heureusement qu’elles sont deux et qu’elles disposent de ressources insoupçonnées pour s’amuser.
Ce matin, elles s’éclatent depuis plusieurs heures sur les quelques mètres de roches derrière le bateau. L’endroit regorge de bernard-l’hermite de toutes tailles, pour la plus grande joie de 2 sœurs qui s’associent pour monter un élevage industriel.
Léa part à la recherche de nouvelles recrues pendant que Julie garde le troupeau dans un enclos aquatique aménagé sur le rocher.

Elles enfoncent leur doigt dans les coquilles des plus gros (déjà bien balaises) et rient de bon cœur lorsqu’elles se font chatouiller par les pinces de l’animal … qui doit moins rigoler, lui.

Plouf !

11h30, nous mettons les voiles. Tandis que nous voguons vent arrière vers la sortie du golfe de Starogradski Saljev (1), on entend un plouf à proximité du flotteur tribord.
Je me précipite et observe la trace d’écume blanche à la surface. Serait-ce un récif ?

Julie dit avoir vu un plongeur. Comme d’habitude, on n’est pas très loin de la berge et je peste qu’aucun de nous ne l’ait vu avant. On aurait pu lui rentrer dedans !

Tout à coup, deux dauphins surgissent hors de l’eau à quelques mètres du flotteur. Puis c’est tout un groupe que l’on distingue maintenant et qui remonte vers le fond du golfe.

Nous viron de bord et les accompagnons pendant plus d’une heure. Lorsque l’on s’approche un peu trop près, ils sondent plusieurs minutes sous l’eau puis réapparaissent un peu plus loin.

C’est la première fois que nous croisons des dauphins avec les enfants. Les filles (et les parents) profitent du spectacle, bouche bée.

Un vrai ballet aquatique ! … Qui prend fin lorsqu’un voilier qui passait par là aperçoit les dauphins, empanne précipitamment et déboule moteur à fond après avoir failli couler une barque de pêcheur qu’il n’avait pas vu derrière son génois resté bordé à contre. No comment.

Cette rencontre magique marque un tournant dans notre voyage. C’est l’événement dont l’équipage reparle tous les jours suivants avec les yeux qui pétillent, et qui efface d’un coup les difficultés et les déceptions des jours précédents.

On arrête enfin de repenser avec nostalgie aux plages Corses, pour commencer à apprécier les différences de cette expédition.

Les cures de dauphins devraient être prescrites par les médecins, et remboursées par la sécurité sociale. C’est vraiment un excellent remède contre le spleen.

Quai souterrain

Le gennaker est déroulé et nous taillons au bon plein apparent vers l’île de Brac (2).
Force 3, le bateau file en laissant dans son sillage un grand croiseur.
On profite de la traversée pour attaquer le repas mais nous arrivons en face bien avant d’avoir terminé la salade.

Nous entrons dans Smrka (3) qui, comme la majorité des criques de la région, s’enfonce dans la roche.

Nous passons devant une étrange installation. Un quai indoor à flanc de montage dont la hauteur et la largeur permettrait sans difficulté d’engouffrer notre trimaran mâté !

Malgré l’environnement bétonné, et la menace de chute de pierres retenues tant bien que mal par de grandes armatures métalliques, l’endroit est déjà pris d’assaut par plusieurs embarcations.

Le plus étonnant, c’est que nous sommes dans un endroit perdu au milieu de la nature. Aucune route ni village à des kilomètres à la ronde.

J’imagine que le locataire, probablement militaire, de cet ouvrage, recherchait la tranquillité et la discrétion avant tout…

En s’enfonçant plus profondément dans le bras de mer, on découvre un joli coin bien calme.
Une petite plage de cailloux, de vieilles maisons au milieu des arbres.

On s’y verrait bien y passer la nuit mais il est encore un peu tôt dans la journée pour s’arrêter. Nous continuons notre route, non sans quelques regrets.

Mouillage technique

En chemin, nous explorons les criques suivantes les unes après les autres pour finir par jeter notre dévolu sur une petite située au lieu-dit Lucice (4).

A cet endroit, la mer rentre dans les terres par de multiples ramifications. Les plus grandes abritent nombre de bateaux au mouillage tandis que de belles villas colonisent les rives.

Celle que nous avons choisie, petite et escarpée, a été épargnée par le développement immobilier qui a touché ses consœurs, et jouit ainsi d’une tranquillité appréciable.

Je comprends vite pourquoi aucun bateau n’est venu mouiller là. Le fond marin est constitué principalement d’une immense dalle rocheuse sur laquelle il est impossible d’accrocher une ancre.

Mais l’eau est belle et il y a une vraie plage. L’endroit nous plait et me voilà donc sommé de trouver une solution.

Armé de mon masque et de mes palmes, je finis par dénicher un petit bac à sable pour planter ma pioche au milieu de la roche. Le bateau est ensuite immobilisé dans un coin en tissant une toile d’araignée avec de multiples amarres tendues à terre.

Rapidement, les filles dénichent une dizaine d’étoiles de mer parmi les centaines d’oursins aux alentours.

Pendant ce temps, je suis désigné volontaire pour aller au ravitaillement (eau et nourriture) jusqu’au village de Milna (5) à plusieurs kilomètres de là. Le hameau est joli mais, profitant de sa marina, verse sans vergogne dans le tourisme lucratif.

Le soleil cogne dur sur la route déserte.

Heureusement, la mer est sensiblement moins froide et la toilette au savon de mer est appréciée à juste titre dans la crique déserte.

Le soir, bien que la mer soit calme, un petit ressac nous secoue par moment. Il faudrait que le bateau ait plus de liberté de mouvement pour éviter ces coups de butoir désagréables …
Mais dans ce cas, impossible de rester si près du bord où les filles peuvent débarquer pour jouer jusqu’au soir sur les quelques mètres carrés de notre petite plage privée, en s’inventant des jeux à n’en plus finir.

De Jean-marc Schwartz, novembre 2007

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  1. Je suis en Haute-Savoie, il fait froid et il pleut, coincé dans mon bureau… Et je rêve en lisant votre petite-grande aventure… Bravo et chapeau! Il ne me manque plus que les 3 jolies coques blanches sous les pieds!

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