Ile de Dugi Otok

Ile de Dugi Otok

This entry is part 9 of 9 in the series La Croatie et Venise en Astus 20

18ème jour

Pas un souffle d’air ce matin. Pas la moindre ride à la surface de l’eau. De l’étrave, j’observe la vie sous marine aussi clairement qu’à travers la vitre d’un aquarium : un banc de petits poissons dans un ballet de nage synchronisée, les déambulations des bernard-l’hermites ou encore, les immobilisations périodiques qui rythme le déplacement d’un « poisson chat ».

J’en profite pour repérer également quelques beaux coquillages qui pourront rejoindre le coffre au trésor des filles… s’ils s’avèrent inoccupés.

Nous repartons au moteur le temps de retrouver un peu de vent. Pas grand-chose, 6 km/h (3,3 nœuds) mesurés à l’anémomètre.
La mer est en harmonie avec ce souffle de demoiselle. Aucune vague sur laquelle viendrait s’enliser le peu d’inertie de notre embarcation. A l’aide du gennaker réglé au bon plein et profitant du vent apparent généré par notre vitesse, nous finissons par cavaler convenablement à plus de 6 km/h (3,5 nœuds). Magique !

Nous dépassons l’extrémité de l’île d’Iz (1) sans y prêter attention et filons vers l’île de Dugi Otok (2) dont l’extrémité sud marque l’entrée des fameuses Kornati.

L’île de Robinson

En passant le long de l’îlot Krava (3), Julie remarque des moutons. Il n’en faut pas plus pour ordonner un débarquement.
Nous accostons sur un petit quai désert. Non loin de là, une cabane en pierre devant laquelle s’étale un potager bien entretenu.

Un muret sommairement monté, si étroit qu’il en paraît instable, protège le potager de l’appétit des moutons laissés en liberté.

Ces derniers ne se laissent pas approcher de trop près. Ce n’est pas le cas du chat allongé sur le rebord de la fenêtre du cabanon qui miaule bruyamment en venant à notre rencontre et nous escorte fidèlement.
Quant à son Robinson de maître, aucune trace…

Pause village

Petite baignade puis nous taillons jusqu’à Sali (4), le village suivant, pour une escale agréable. Nous beachons sur une petite grève à l’entrée du port.

Ravitaillement en victuailles et pellicules photo. Julie s’équipe d’une épuisette pour la chasse aux crabes.

Enfin, rafraîchissements pour tous à la terrasse ombragée d’un café. Du soda à l’énorme banana split (originaire de la ville croate du même nom ?), chacun y trouve son compte.

Il est déjà 16 heures lorsque nous mettons les voiles à la recherche d’un endroit pour passer la nuit. Depuis le matin, nous longeons l’île au vent arrière, ou plutôt, en tirant des bords de grand largue pour accélérer le mouvement.

Les empannages s’enchaînent et je constate avec satisfaction qu’aucun voilier, pourtant bien plus grand, n’arrive à nous tenir. Enfin, je parle de ceux qui ont sorti les voiles car la plupart naviguent au moteur malgré les sympathiques 3 Beaufort qui sont montés dans l’après-midi.

Un port à nous

Après la soirée bruyante de la veille, cette fois, on va éviter les grandes baies abritées où tout le monde se retrouve. On file en face vers l’île de Lavdara (5) que l’on commence à longer de près au vent arrière.

Une petite crique (6) curieusement occupée par plusieurs bateaux à moteur de taille raisonnable attire notre attention. Pourquoi autant de bateaux sont venus là alors que l’endroit est plutôt exposé au vent ? On s’enfonce dedans afin d’obtenir la réponse.

Au fond, un petit quai en pierre occupé par 2 embarcations. Il reste de la place pour se faufiler derrière, ce que nous nous empressons de faire. Nous découvrons alors un 2ème petit quai derrière lequel nous sommes les seuls à pouvoir accoster compte tenu de notre faible tirant d’eau.

Le coin nous plaît. C’est parfaitement calme avec des arbres de chaque côté. Le quai permet de débarquer facilement à terre et il est fort probable que la dizaine de bateaux présents, dépourvus de cabine pour la plupart, ne restent pas là cette nuit.

Et même le traditionnel monticule de sacs poubelles déposés délicatement à l’ombre d’un arbre au fond de la crique n’est pas trop visible ni gênant.

Notre quai privatif offre une aire de jeu idéale pour les filles qui l’investissent aussitôt. Léa ramasse de jolis morceaux de quartz tandis que Julie s’entraîne avec son épuisette.

Nous attendons 18 heures que la plupart des bateaux soient partis pour aller plonger avec masque et tuba.
Si, au premier coup d’œil, il semble ne rien y avoir d’intéressant, à y regarder de plus près, on finit par dénicher nombre de curiosités locales :

  • des poissons aux allures de rascasse
  • des plantes en forme de tube, jaunes et molles
  • des étoiles de mer dont une de grande taille
  • de curieuses fleurs sous-marines qui se rétractent dans leur « tige » lorsqu’on les frôle

Grelottant dans l’eau froide, nous reportons la suite de la plongée au lendemain matin.

Prototype à voile et à vapeur

A part nous, un seul bateau est resté là, mouillé relativement loin du bord. Il s’agit d’un curieux engin expérimental, conçu et réalisé par 2 allemands également adeptes de rando nautique minimaliste.

Et là, je dois dire qu’ils ont fait fort !

Sur une base de petit pneumatique (3,80 m seulement !), ils ont ajouté des bancs en bois fixés sur des poutres transversales. Ces bancs permettent de s’allonger le jour et d’y dormir la nuit.

2 safrans encadrent le petit moteur 2 temps de 4 CV, tandis qu’un mât supporte la grand-voile sur sa bôme et un foc sur emmagasineur amuré sur un bout dehors. Le haubanage est repris sur la plateforme formée par les bancs et un grand coffre de rangement prend place autour du pied de mât.

Une petite capote passant sous la bôme leur apporte un peu d’ombre sur le cockpit et l’on remarque les 2 nourrices d’essence posées à l’arrière des bancs.

On sent qu’il y a eu de la réflexion pour parvenir à organiser la vie à deux bonshommes à bord d’un si petit bateau. Et si le résultat esthétique et ergonomique est discutable, sans même parler de l’agrément sous voile ni de la sécurité, la formule, économique, présente l’intérêt de pouvoir traverser l’Europe dans le coffre de la voiture.

En tout cas, après avoir croisé tant de grandes unités, en voilà une qui me fait dire que mon petit trimaran est finalement vachement confortable avec sa petite cabine, son grand cockpit et ses trampolines !

Les 2 gars ne sont pas très bavards. J’arrive seulement à comprendre qu’ils n’ont pas fait un grand périple. Ils vont et ils viennent dans les parages.
Étonnant qu’ils restent mouillés ainsi à l’entrée de la baie, sans chercher à se mettre au calme et au sec sur le quai maintenant déserté. Peut-être ne veulent-ils pas subir notre proximité … ou nous imposer la leur ?

En chemin, Léa déniche une grande mante religieuse… encore accrochée à la dépouille vidée de son défunt mari. Sympa la bestiole !

Pour faire le plein de calories, grosse plâtrée de pâtes le soir, noyées dans le gruyère fondu, assaisonnées aux dés de jambon en boîte, le tout rehaussé de sauce Maggie.

A déguster sans modération en profitant du soleil couchant, pile poil dans l’axe de la crique.

Il est temps, ensuite, de nous glisser dans nos draps, imités quelques temps après par nos collègues germaniques qui viendront s’installer le long du premier quai, peu avant minuit.

De Jean-marc Schwartz

Series Navigation<< Le corridor d’Ugljan et Pasma

Cet article a 0 commentaires

  1. Il s »agit probablement d »une rascasse brune mais l »orientation et la qualité du cliché ne permettent pas d »en être certain.

    Pour les « plantes » en formes de tubes jaunes et molles, si elles sont creuses à l »intérieur, je pencherai pour des éponges tubulaires (l »éponge fait parti du règne animal et pas végétal).

    Les curieuses fleurs sous-marines qui se rétractent dans leur « tige » lorsqu »on les frôle ne seraient t »ils pas des Sabelles ou bien des Spirographes. Ce sont des vers tubicoles. Le corps de l »animal (et oui, c »est encore un animal) se trouve à  »abri dans un tube en calcaire, seul dépasse un plumeau de soie fines qui lui sert pour attraper des particules nutritives. Puis les nutriments sont emmenés par les poils de soie jusqu »à la bouche du ver dans le tube. A la moindre alerte (pression d »eau, changement de luminosité) le ver se rétracte dans son tube faisant disparaitre son plumage.

    1. Merci Laurent pour ces précisions.
      Les tubes jaunes sont effectivement creux. Il y a une photo dans la suite du récit qui te permettra de confirmer ton diagnostic.

      Et pour le plumeau de soie, bingo. c »est bien à cela que ça ressemblait.

      1. Merci aussi pour la recette de cuisine Salut JM, il pleut des cordes et je m »évade en rêve au travers de votre périple familial. J »en profite pour relancer ma quête de recettes de cuisine réalisables sur un camping gaz et avec des ingrédients se conservant bien. Avis aux marmitons en herbe.
        Amts

        1. eric17

          épices j »essaye (…) de ne jamais oublier les épices, mix indien, marocain ou mexicain, tandoori aussi, le bouquet garni bien sur, et aussi les petits berlingots UHT de crême et de lait de coco. Le riz et les pâtes, on trouve partout, pas le reste !

          Par contre, j »aimerais bien un dossier « pêche à la traîne » : depuis que j »ai fait fanny en Grèce je suis très vexé (ma mitraillette locale était nulle, mais quand même

        2. Venise et CroatieBonjour Jean-Marc, nous suivons avec grand intérêt ton récit.D »autant plus que nous étions à Venise et en Croatie cet été, mais en juillet…
          Notre site a changé
          c »est maintenant
          http://kayak_a_voile.perso.sfr.fr

        Laisser un commentaire

Fermer le menu