Les iles d’or en Hamac

Les iles d’or en Hamac

Jour J-3

Avant démâtage et préparation pour sa transhumance routière entre Narbonne et Carqueiranne, nous grutons notre Hamac sur sa remorque.

En méditerranée, la mise à l’eau d’un biquille oblige souvent à immerger les roues de la remorque. Et même en les rinçant abondamment, on évite rarement un blocage des roulements.

Un remplacement « roulements et câbles de freins » facturé 650 euros m’a provisoirement converti au grutage…

1er jour, les îles de Porquerolles et de Port-Cros

Mardi 19 mai. Une charmante dame nous accueille à la capitainerie du port des Salettes et nous attribue la seule place semblant encore libre. J’ai été bien inspiré de réserver ma place dés janvier…

Cette place est la moins pratique du port, en bout de quai, de biais et avec la pendille à créer à partir d’une chaîne mère rouillée, couverte de coquillages et même de fils à pêche avec hameçons.

Pendant que je mâte seul Ti-Mazoul (c’est un des + du Hamac), mon ami Raymond Chamard, 79 ans (la voile, ça conserve) et propriétaire de Rayjacq, un Poker de 1973, passe me prévenir qu’il appareille pour Porquerolles avec son épouse Jacquotte.
Rendez-vous est pris pour l’apéro devant la plage de la Dame Blanche.

L’accastillage et l’avitaillement terminés, Ti-Mazoul retrouve l’élément liquide.
Midi sonne au clocher de Carqueiranne  quand nous larguons les amarres.

Le vent est plein sud, c’est pile le cap à prendre pour déborder la presqu’île de Giens.
Pour m’éviter de tirer des bords tout l’après midi, je reste au moteur jusqu’à contourner les Fourmigues (deux  rochers sournois qui font face à Carqueiranne) puis j’arrête la mobylette et envoie l’unique voile du bateau (le Hamac est un Cat boat).

Nous longeons la côte sud de la Presqu’île de Giens à la moyenne honorable de 3,5 nœuds.
Jo (mon amirauté) a prévu le casse croûte. Chic du taboulé !!!

Je suis obligé de manger debout, l’assiette d’une main, la fourchette de l’autre et la barre coincée entre les cuisses. Mon copain Pépino appelle ça faire barre à cul !

Après nous être sustentés, Jo s’installe confortablement pour une petite reposette (mot inventé pour nos petites filles afin d’éviter « sieste » qui déclenche une crise de larmes). La reposette, c’est comme la sieste mais on n’est pas obligé de dormir.

Ca commence à sentir les vacances !

A 15 heures, nous pénétrons dans la baie de la Dame Blanche. En cette saison, les bateaux sont peu nombreux et même les bouées jaunes, si chères à Jean-Marc, ne sont pas encore installées.

Je cherche en vain le bateau de Raymond et passe en revue toute la flotte au mouillage dans la baie. Pas de Rayjacq !
Contacté par VHF, Raymond m’informe être devant la Courtade…

Après quelques minutes, nous retrouvons les Chamard pour un après-midi passé en baignades (l’eau est à 20°), bronzette et papotages. Au cours de la discussion, j’avoue souhaiter pousser jusqu’à Port-Cros.

Raymond, qui est dans son terrain de jeu, me propose illico de profiter du vent d’ouest et m’assure que nous serons à Port-Cros vers 20 heures.

Les pioches remontées, les guenilles hissées, cap à l’est et vent au cul, la mère est belle !

Plus rapide à mettre en œuvre, le Hamac prend l’avantage au départ.

J’ai choisi de déborder franchement le cap des Mèdes et gagne du terrain sur Raymond qui a pris la route directe et se fait déventer par le relief de Porquerolles.

Quand Rayjacq retrouve du vent, il grignote mon avance et finit par me gratter devant la pointe nord de l’île de Bagaud.
Un jour je l’aurai !

20 heures, Port-Cros est quasiment vide.
J’amarre Ti-Mazoul au milieu des yachts de milliardaires. Avec ses 5,30m, il a l’air d’une annexe.

Sous les regards condescendants de nos voisins qui sirotent du champagne en blazer et robe du soir,  nous retrouvons nos amis pour un vrai moment de convivialité, apéro et cuisine papillon. Elle est pas belle la vie !

Si nos bateaux sont petits, nos rêves sont grands.

2ème jour, Brégançon et Porquerolles

Réveil matinal. Je laisse Jo dormir et pars photographier Port-Cros. A mon retour, je suis accosté par une superbe blonde chargée de percevoir le montant de la nuitée qui s’élève à 6 Euros.

Nous prenons notre petit déjeuner dans le cockpit du bateau, réchauffés par les premiers rayons du soleil.

Raymond pointe son nez et nous propose de filer vers Brégançon. Proposition acceptée, nous rangeons la vaisselle et larguons les amarres pour une navigation au portant.

Vers midi, nous mettons les bateaux à couple pour un mouillage à 150m de la plage de sable blanc de l’Estagnole. Cette plage, c’est kif kif les Bahamas mais l’eau est plus fraîche et y’a même des bouées jaunes pour faire plaisir aux grincheux de la plage !

Nous faisons cuisine commune sur Rayjacq (il fait 8m, lui) puis chacun regagne son bord pour la reposette réglementaire.

La sieste terminée, nous appareillons pour Porquerolles. La plage de la Courtade nous offre un bon mouillage pour la nuit.  Jean Marc, tu sais quoi ? Pendant notre absence, ils ont mis les bouées jaunes !

Depuis 2 ans, je stocke dans le bateau une annexe neuve de 2,40m. Jo ayant quelques courses à faire à terre, c’est l’occasion d’une première mise à l’eau.

L’annexe est très chouette mais s’avère bien encombrante après usage. Un kayak gonflable à coincer entre la filière tribord et le roof serait peut-être plus judicieux ? A voir…

3ème jour, retour à Carqueiranne

C’est jour férié (jeudi de l’ascension). Depuis l’aube, Toulon déverse ses hordes sauvages de vedettes rapides. C’est à qui arrivera le premier à la plage. Version pacifique d’Omaha Beach à Porquerolles…

Notre paradis devient infernal ! Nous abandonnons la place, retour à Carqueiranne.

4ème jour, Presqu’île de Giens

Raymond souhaite essayer le Hamac. Le vent venant de l’Est, il propose une boucle partant des Salettes vers la Madrague, sur la presqu’île de Giens, puis de virer plein nord pour longer la plage de l’Almanare. Cette dernière devrait nous protéger des vagues mais pas du vent.

Le Hamac, chargé pour la croisière, file 5,9 nœuds… Malgré nos efforts et l’expérience de Raymond, nous resterons sous la barre des 6 nœuds.

5ème jour et 6ème jour

Durant le week-end, c’est journées à terre. Votre serviteur fête ses 61 ans…

7ème jour, Porquerolles

L’effervescence du WE est retombée. Nous repartons à Porquerolles pour un mouillage dans la baie du Langoustier.
L’endroit est magnifique. Moins de 10 bateaux occupent les lieux.

Dans les réserves du bord, je découvre une boîte de jambonneau en gelée périmée. Histoire de ne pas rejouer « si tous les gars du monde », je l’offre aux mouettes. C’est instantanément la curée !

Les mouettes et de gros poissons remontés du fond se disputent le jambonneau. Quel spectacle ! Je ne regrette vraiment pas ma boîte de conserve.

8ème jour

Les congés se terminent, il faut rentrer.
J’ai du mal à quitter ce petit paradis. L’équilibre y semble si fragile.
J’ai peur qu’il se dégrade, qu’on le transforme, qu’il tombe aux mains des promoteurs, qu’il perde son charme sous une avalanche de règlements. Bref j’ai peur de ne pas revivre de tels instants.

Sur le retour, la houle et un vent arrière trop faible font tanguer le bateau et dinguer la bôme. J’opte pour une route au Sud Ouest qui me remet au portant.

Le bateau marche gentiment. Raymond a pris la route longeant la presqu’île de Giens, il est complètement déventé et arrive aux Salettes après moi et au moteur. Beau joueur, il reconnaît sa défaite.
Je savais qu’un jour je l’aurais !

PS à Didier Leroy (concepteur et constructeur du Hamac):

Didier, ton Hamac est vraiment magique, j’y retrouve mes vingt ans et l’esprit de la 2 cv Citroën. C’est simple, économique, confortable, efficace et sécurisant.

J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à barrer Ti-Mazoul au cours de cette croisière et mon épouse a avoué avoir apprécié ces quelques jours passés à bord.

De Richard Saussaye, août 2009

Cet article a 1 commentaire

  1. Jolie rando… : …qui rappelle de bons souvenirs !

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