Nouvelle Calédonie en Prao construction amateur

Nouvelle Calédonie en Prao construction amateur

Apprenti constructeur

Depuis que EDF a construit son barrage à Sisteron (Alpes de Haute Provence) en 1976, j’ai toujours été attiré par l’eau, et surtout la possibilité de naviguer dessus avec toutes sortes d’embarcations.
Notre première construction, avec mon copain Bernard, fut de fabriquer un radeau avec des bidons de Xylophène (son père était charpentier).

Nous avions là notre premier bateau qui nous permettait, par Mistral, de descendre jusqu’au barrage et, par vent de sud, de remonter les rivières de la Durance et du Buech, avec de mémorables passages sous le pont de la Baume par mistral qui ont eu raison, bien des fois, de notre pauvre mat en tube de plombier et de nos voiles en lin de sa grand-mère…

Ensuite, ce fut l’achat d’un 420 en piteux état et la joie des réparations pour le faire naviguer (c’est là que nous avons appris à travailler le polyester, le bois, et à réparer les voiles avec une machine à coudre…).

Puis est arrivé la planche à voile : la Windsurfer, bientôt imitée par d’autres constructeurs, mais à un prix que nos modestes moyens ne nous permettaient pas d’acheter.
Que cela ne tienne, nous avons fabriqué nos premières planches en contre-plaqué, mousse polyuréthane (récupérée d’isolation de toiture) et fibre de verre avec résine polyester.
Le résultat : ça marchait plutôt bien, et même mieux parfois, que certaines planches neuves (au grand désespoir de leur propriétaire…).

Après avoir fabriqué plusieurs planches à voile, un dériveur style Fireball (il était si étroit que le vent le faisait chavirer à l’arrêt !!!), je me suis acheté d’occasion un Challenger Horizon (dériveur lesté de 6,75 m, rallongé avec une jupe et double safran à 8,10 m…).
Bref un bon petit bateau pour faire du cabotage sur notre belle Méditerranée.

Un bateau adapté à la Nouvelle-Calédonie

Puis le départ un peu précipité pour la Nouvelle-Calédonie (je suis enseignant en Technologie) avec toute ma famille (ma femme et mes 2 enfants) pour 4 ans en brousse sur la Grande Terre.
J’ai enseigné 3 ans à Canala, sur la côte Est, et 1 an à La Foa, sur la côte Ouest.

Dépaysement total : là-bas, on apprend à vivre avec la nature, les gens, le temps et les marées … Eh oui, même avec 1 à 1,30 m de marnage, il y a des platiers (grande étendue de sable et corail qui assèche à marée basse).

Il me fallait une embarcation avec un très faible tirant d’eau, qui puisse avancer à la voile, et avec un petit moteur lorsque le vent tombe.

Construction du Prao KOROPA KODO

Je me décidais à faire une maquette en carton de mon futur prao pour valider le concept, puis je me lançais dans sa construction.

Le prao remplissait bien sa fonction :

  • léger pour être facilement transportable derrière une voiture
  • assemblage et démontage seul
  • insubmersible pour la sécurité
  • fond plat avec 10 cm de tirant d’eau, pour pouvoir passer sur les patates de corail (le fond est renforcé avec un rowing (fibre de verre tressée de forte épaisseur avec résine époxy)
  • stable, surtout sur le bord s’appuyant sur le flotteur (sur l’autre bord, il vaut mieux mettre quelqu’un sur le flotteur pour éviter qu’il ne se soulève….).

Je le baptisais Koropa Kodo, qui signifie Pirogue verte dans la langue Xaracciu de Canala.

Plusieurs essais furent nécessaires pour le fiabiliser : mat alu trop fin, dérive pliée en deux car trop fine… bref, il a fallu renforcer plusieurs points du prao pour le rendre apte à naviguer en toute sécurité.

Les navigations en prao en Nouvelle-Calédonie

Je garde en mémoire de très belles sorties sur le lagon de Nouvelle-Calédonie dont voici quelques exemple :

  • Après avoir fait une plongée en bouteille avec mon copain Jean-Claude, nous sommes sortis par une passe en pleine mer, avec comme but de longer la barrière de corail pour rentrer par une autre passe dans le lagon.
    Ce jour-là, la mer était assez calme, les vagues petites, la marée haute et nous avons décidé de couper par la barrière de corail, poussés par les vagues pour entrer dans le lagon : grosse poussée d’adrénaline en passant sur le corail et fierté d’avoir réussi notre coup car peu de navigateurs peuvent en dire autant…
  • Les navigations à la voile sur le lagon permettent de voir les poissons sans qu’ils nous entendent arriver. Nous avons suivi des raies manta à quelques mètres, un groupe de poissons perroquet, broutant la tête en bas et leurs queues dépassant de l’eau, battant en rythme la surface de l’eau, des vaches marines (dugong), …
  • Des traversées de platier par marée très très basse, en poussant le prao, échoué de patates en patates, avec les pieds, pour pouvoir sortir de ce labyrinthe, et ayant mal pour le bateau car le corail est assez taillant. Mais grâce à la légèreté de l’embarcation, il n’y avait que de simples rayures sur la coque …
  • Des remontées de rivière de La Foa jusqu’au barrage à sel (qui empêche l’eau de mer, par grande marée, de remonter la rivière et d’inonder les terres cultivées), dans un calme absolu grâce à la voile afin de regarder la mangrove et tous ses habitants (poissons, crabes, prédateurs divers et non identifiés, oiseaux…)
  • Des pêches à la traîne et à la voile à travers le lagon…

Toujours plein de souvenirs dans la tête, mais voilà, je suis maintenant en métropole. Je me suis attaqué à la construction de ma maison (voilà déjà 4 ans, encore 4 pour la finir : c’est long, je sais, mais il faut être patient dans la vie…).
Mon Challenger Horizon attend sagement, dans le fond du jardin, avant de pouvoir reprendre la mer, bientôt, peut-être…

Construction et Navigations du petit prao en vidéo

Coordonnées géographiques de l’îlot N’Digoro au bord de la barrière de corail : E 165° 43’44 S 21° 51’47

texte et photos de Vincent Sevajol

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