Rando en trimaran dans les Gorges du Verdon

Rando en trimaran dans les Gorges du Verdon

C’est notre première rando nautique en eau douce… mais sûrement pas la dernière.

Le week-end que l’on vient de passer sur le Lac de Sainte Croix nous a enchanté !
Les paysages, les rivages, l’ambiance des villages n’ont rien à voir avec ce que l’on connaît en mer. C’est aussi dépaysant pour le marin que la découverte d’un pays étranger pour le voyageur.

Vent léger et démarrage en douceur

Arrivé de nuit la veille à Sainte Croix de Verdon, je découvre l’endroit au petit matin. Une petite brise matinale est déjà établie à force 2 mais le temps du petit-déjeuner à l’ombre des arbres et le souffle retombe.

Je prends mon temps pour préparer le bateau et son chargement tandis que René et Christine « la sirène » (voir nos précédentes aventures ensemble) se pointent avec leur Magnum 21, accompagnés cette fois de leurs amis, Vincent et Sonia.

Nous partageons la grève et la mise à l’eau avec une sympathique bande d’amateurs de vieux gréements qui sont venus avec une quinzaine d’unités de toutes tailles, la plupart à voile latine.

La piscine chauffée

Il est 11 heures lorsque les frémissements du vent thermique se font sentir. Nous attrapons une risée qui nous amène au milieu du lac, avant de nous abandonner là.

Tout autour de nous, une immense piscine d’une eau hésitant entre le bleu turquoise et le vert émeraude.
Alors qu’on s’attendait à une eau rafraîchie à la neige fondue des montagnes, nous découvrons, étonnés, que le grand bain est chauffé à plus de 22 degrés.
En quelques instants, les 2 équipages se retrouvent à barboter autour des bateaux, en attendant le retour du thermique.

De l’eau douce sans chlore ni sel, quel régal ! Le weekend ne sera qu’une succession de baignades, aux escales comme en navigation, avec ou sans vent, du matin jusqu’au soir.

L’absence de vagues’ rend la navigation aussi plaisante que facile. Dans les rafales, le trimaran accélère franchement, mais sans à-coups, ni choc, dans le clapot. Tout se passe en douceur, tel un surf dans la poudreuse. Même pas de sillages de bateaux à moteur (interdits sur le lac), pour venir troubler notre glisse.

A bord, la décontraction est totale et immédiate, autant pour le skipper que pour l’équipage. On se permet toutes sortes de fantaisies, comme la nage tractée sous spi, ou bien le jeu qui consiste à sauter de la poutre avant pour passer sous le trampoline et rattraper au passage le bout traînant dans le sillage du bateau.

Escale à Bauduen

Nous remontons au près vers le village de Bauduen, espérant y retrouver Pierre et Patricia en train de mettre à l’eau leur Astus 20.
On repère une petite plage pour le pique-nique, mais faisons demi-tour au son d’une musique techno s’échappant d’une voiture garée tout près.
On ira manger un peu plus loin, profitant de la présence d’arbres au bord de l’eau pour garer les trimarans à l’ombre.

Echange d’embarcation

Vincent, fana de petit multicoque (voir son prao construit en Nouvelle Calédonie), sachant que nous venions naviguer ce weekend sur le lac, nous avait retrouvé à la mise à l’eau le matin. Il vient nous rejoindre en planche à voile. Après le repas, il nous accompagne en planche tandis que nous partons explorer un long bras du lac qui s’enfonce au-delà de Bauduen.

Le thermique est maintenant plus consistant et les plus grosses rafales taquinent le force 4. Je propose à Vincent d’en profiter pour essayer l’Astus 20 tandis que je récupère sa planche et son harnais. Mon tri, presque neuf, avec ma femme et mes 3 filles, contre sa vieille planche à voile… je crois que je me suis fait rouler sur ce coup-là.

Je distance le tri lorsque je pars au planning dans les rafales mais ce dernier me rattrape dès que le vent baisse, me permettant de discerner les encouragements de mes filles : « A l’eau , Papa !!! ».

Navigation vers Les Salles

Pierre et Patricia, qui, finalement, ont mis à l’eau aux Salles, nous retrouvent sur l’eau au moment où l’équipage du Magnum 21 s’extirpe de sa séance sieste. Chacun regagne son embarcation et c’est reparti, à tirer des bords de grand largue sous spi en direction du village des Salles.

 

Le GPS est souvent au dessus des 9 nœuds et dépasse les 11 nœuds dans les pointes, tout cela avec une facilité déconcertante. D’autant plus que le nouveau jeu inventé par mes filles n’améliore pas franchement la glisse.
Assises sur les trampolines, les jambes passées entre la toile et la poutre avant, elles font du barefoot les pieds dans l’eau. Heureusement qu’elles ne chaussent pas encore du 40 !

Retour sur le village de Sainte Croix de Verdon

Après avoir fait le tour de l’île devant Les Salles, il est temps de regagner le village de Sainte Croix de Verdon, où l’équipage du Magnum a prévu de passer la nuit au camping.

Malgré l’heure tardive (19h), le vent est encore bien établi et nous permet de remonter au vent entre 6 et 7 noeuds. A bord des Astus, nous partons à la recherche d’un mouillage sympa autours du village que nous ne tardons pas à découvrir.
Toute cette côte est exposée au petit clapot levé par le thermique, mais cela reste très raisonnable et devrait s’atténuer en soirée. Le plus dur est d’arriver à accrocher l’ancre sur le fond de cailloux.

Je contourne le problème en allant me glisser au milieu des arbres qui poussent dans l’eau à proximité de la plage.
Il y a tout juste la place d’y glisser les coques et d’y faufiler le mât entre les branches. C’est parfaitement abrité du clapot et du vent, et l’amarrage aux arbres m’épargne l’utilisation de l’ancre.
On se croirait au milieu de la mangrove équatoriale.

Pierre, de son côté, a judicieusement choisi de se mettre devant 3 petits chênes qui serviront d’agréable camp de base ombragé.

Le 3ème équipage nous retrouve en voiture le soir après être allé voir dans une pizzeria des environs le match de ¼ de finale opposant la France au Brésil. La jolie victoire des bleus vient parfaire cette belle journée.

Une demi-douzaine d’écrevisses nous attendent de pince ferme lorsque nous rembarquons à la lueur des torches.
Nous passons une excellente nuit. Très calme, suffisamment fraîche, pas de moustiques et, fait aussi étonnant qu’appréciable, aucune condensation à l’intérieur des tentes et de la cabine.

Chacun des parents dans sa demi tente savoure le hamac spacieux formé par le trampoline, tandis que les 3 enfants profitent de leur indépendance dans la cabine pour prolonger la fiesta.

2ème jour, direction les gorges du Verdon

Baignades, petit-déj et farniente sur la plage déserte le lendemain matin en attendant que le vent se lève. Ce dernier se pointe en même temps que les premiers vacanciers et nous permet ainsi d’échapper à la « foule ».
Il faut dire qu’après avoir joué les Robinson sur la plage déserte, la venue d’une douzaine de personnes fait figure d’invasion.

Nous retrouvons sur l’eau nos compères en Magnum 21, qui avaient remis à l’eau leur embarcation après lui avoir fait passer la nuit sur sa remorque dans le club de voile, à côté de leur camping. C’est reparti pour une longue descente sous spi le long de la berge ouest du lac.

On repère quelques jolis coins sans prendre le temps de s’arrêter car l’objectif de la journée est plus ambitieux : remonter les Gorges du Verdon !

La traversée du lac sous spi pour rejoindre l’autre rive est prétexte à de nouveaux jeux aquatiques. Les plus riches se font tracter en bouée tandis que les autres se contentent d’un simple bout.

Florence, assise sur la jupe les pieds massés dans l’eau du sillage, hésite à se faire tirer dans l’eau en se demandant si elle doit retirer sa culotte de maillot de bain pour ne pas risquer de se la faire arracher.

Rien de tel qu’un petit « coup de main extérieur » pour se jeter à l’eau et constater que finalement, jusqu’à 7 nœuds, le maillot tient le coup.
De toute façon, les collègues qui s’approchent de trop près pour vérifier si le maillot est toujours là sont copieusement repoussés par nos filles à la pompe « seringue », transformée pour l’occasion en canon à eau.

Nous passons une pointe et l’entrée des gorges apparaît.

Navigation féerique dans les gorges

De loin, c’est difficile de dire si le pont est suffisamment haut pour passer dessous sans démâter. Et de près, c’est encore moins évident.

Lorsque l’on est sur le bateau et que l’on regarde le pont d’en dessous, on a l’impression que cela ne passe pas.
Tandis que René affale prudemment ses voiles, Pierre se lance, confiant.

Il s’engage vent arrière à l’endroit le moins haut … et passe facilement avec plus d’un mètre de rab. Je le suis et commence alors une des navigations les plus somptueuses qu’il m’ait été donné de vivre.

On avance silencieusement entre 2 aplombs vertigineux en prenant garde d’éviter les nombreux canoës et pédalos qui arrivent en sens inverse. On s’attend à se retrouver bloqué après chaque méandre mais la voie est libre et nous continuons de progresser, poussés paisiblement par le vent qui remonte les gorges avec nous.

Les gorges se sont maintenant élargies et une végétation dense tapisse les berges. Je me doute que le retour ne sera pas aussi simple… mais je ne peux m’empêcher de continuer, subjugué par la balade. La couleur verte turquoise de l’eau, à l’origine du nom du Verdon, est fascinante.

Les tris accélèrent et ralentissent en fonction des bouffées d’airs qui parviennent jusqu’à nous.
Après avoir remonté plus de 3 km de rivière, on finit tout de même par s’arrêter. Surtout Pierre, au beau milieu de la rivière, et qui nous regarde passer étonné, avant de découvrir qu’il n’y a plus beaucoup de fond et que sa dérive s’est engluée sans bruit dans la vase.
De toute façon, il ne reste que 600 m de cours d’eau « navigable ».

Descente des gorges épique

Il est déjà 2 heures de l’après midi et nous nous installons sur une grève ombragée pour pique niquer.
On en est presque au dessert lorsque René, qui a préféré naviguer sous foc seul, nous rejoint avec sa bande.
On leur a préparé les toasts et le pastis pour l’apéritif et, solidaires, on les accompagne pour un deuxième repas dignement arrosé.

Dans la rivière, l’eau est toujours aussi chaude et les baignades agréables, malgré la couche de vase à traverser avant de pouvoir nager.

Pour le retour, chacun est équipé de pagaies. J’ai même pris une paire de grands avirons que j’ai sommairement fixé le long des flotteurs. Mais le vent monte et nous permet d’espérer un retour à la voile.

Une clameur retentit dans les gorges du Verdon, et dans celle des 3 skippers, lorsque nous voyons nos bateaux, sommairement beachés, changer de direction. Voilà que le vent tourne pour nous permettre de ressortir vent arrière !
Mais le rêve ne dure qu’un ¼ d’heure, avant que le vent ne reprenne son sens initial. Dommage…

Lorsque nous appareillons, le vent oscille de 0 à 3 beaufort.
On commence par louvoyer, en prenant garde de rester au milieu de la rivière, car les berges envasées manquent de fond pour la dérive.

Le jeu consiste à rester toujours lancé et manœuvrant. Guetter les innombrables sautes du vent, gérer sa vitesse, prévoir les trajectoires des autres canoës…
Il ne faut pas hésiter à redescendre sous le vent lorsqu’il y a un bouchon de pédalos. Le bateau est très maniable et je me régale.

Pierre et René, qui ont eu quelques difficultés au démarrage, sont loin derrière lorsque nous arrivons à l’entrée des gorges étroites. Et là, la partie de plaisir se transforme en casse tête chinois.

C’est tellement étroit que le bateau a tout juste le temps de se lancer, et d’accrocher la dérive dans l’eau sur un bord de près, qu’il faut déjà virer.
Les falaises tombent à pic et l’on peut s’approcher au ras de la berge, mais comme le vent a forci, on arrive vite sur la roche et les virements de bord à quelques dizaines de centimètres de la falaise deviennent chauds.
Il faut également se méfier des parois en surplomb qui pourraient accrocher le mât.

C’est la première fois que je trouve mon bateau trop gros ! Inutile de dire que Florence aux écoutes de foc et moi à la barre, on reste hyper concentrés.
Mais ce qui complique franchement cette gymnastique, c’est le passage incessant des canoës et pédalos qui nous observent amusés, voire inquiets lorsque l’on fonce sur eux pour virer au dernier moment au raz de leur coque.

J’ai remonté un ¼ du goulet lorsque je tombe sur un barrage infranchissable de pédalos. Je m’arrête bout au vent pour attendre qu’ils s’éparpillent mais du coup, je perds la maîtrise de mon bateau. J’ai toutes les peines du monde à repartir. Le bateau chasse en travers sous les rafales.

Changement de tactique, je crie à Florence d’attraper l’autre aviron et à Léa de prendre la barre. Mais la fixation sommaire de mes avirons ne nous permet pas de tirer dessus suffisamment fort pour parvenir à avancer face aux rafales avec les voiles fassayantes.
On repousse du pied les parois rocheuses sur lesquelles le vent nous pousse. Le mât frôle un surplomb rocheux.

Re-changement de stratégie. J’attrape masque, palmes et tuba et plonge dans l’eau une amarre autour de la taille. Je parviens à remonter le vent mais au prix d’un effort conséquent.
Il est clair que je ne tiendrais pas un kilomètre comme cela.

C’est pas gagné

Je profite d’un petit rocher pour faire une pause et réfléchir à la situation pendant que Flo et les enfants rattaquent une petite baignade, histoire de dédramatiser.
Soit on affale toutes les voiles et on retente le passage à la rame. Soit on attend une accalmie dans le trafic touristique pour retenter un passage à la voile.
Un jeune en pédalo me propose gentiment de me remorquer, mais je décline l’offre. D’une part, à moins qu’il ne se soit dopé, je doute qu’il parvienne à nous tirer face au vent (la plupart des pédalos n’avançaient presque plus face aux rafales). D’autre part, mon orgueil de skipper ne se remettrait jamais du triste spectacle de mon fier trimaran sauvé du naufrage par un vulgaire ponton à pédales.

Puis , ce sont 4 pompiers qui patrouillent en zodiac dans les gorges et qui me proposent, si je suis encore là lors de leur retour, de nous tirer dehors. Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à vouloir me sauver. Ils ne voient pas que je me fais un point d’honneur à me dépêtrer seul de la situation ? !

J’active la baignade de mes équipières pour repartir avant qu’ils ne reviennent lorsque Florence aperçoit Pierre qui arrive dans le goulet.
Comme pour le passage sous le pont, je me dis que je vais courageusement le regarder faire et voir comment cela se passe.

C’est vraiment spectaculaire de le voir louvoyer dans les rafales, coincé entre les parois rocheuses, au milieu des crocodiles (les canoës) et des hippopotames (les pédalos).
A la gite sous les rafales, le flotteur au vent haut sur l’eau, il paraît énorme à côté des frêles canoës qui ne doivent pas en mener large de le voir débouler comme ça…

Patiemment, virement après virement, il remonte, passe devant nous et poursuit son manège au travers des pédalos.
C’est bon, on peut le faire !
Je demande à Florence de rentrer les filles dans la cabine et de se préparer au combat lorsque le zodiac des pompiers se repointe.
« ça devrait aller. On va tenter de sortir seul à la voile » je leur lance aussi optimiste que mal assuré.

Ils insistent gentiment, nous disent que le vent est très fort plus loin, parlent de mistral, nous mettent en garde sur les risques d’abordage. Je finis par rengainer mon orgueil et accepte leur aide.
Je vois que Flo est soulagée par cette prudente option. Elle n’aura pas à supporter ma mauvaise humeur des jours durant si jamais j’avais placardé le bateau sur la falaise suite à une fausse manœuvre. Elle connaît la mauvaise foi des capitaines, toujours promptes à reporter sur leurs équipiers la faute des manoeuvres ratées…
Tiré par le zodiac, je réalise qu’il ne nous restait que quelques centaines de mètres à parcourir… mais avec une telle concentration d’embarcations,  je ne crois pas que je serais parvenu à passer à la voile.

Pierre, lui, est passé (voir son récit plus bas). Chapeau bas !
En nous attendant au mouillage derrière le pont, il nous explique qu’il a dû balancer des ordres aussi concis que directifs aux autres embarcations pour parvenir à se frayer un chemin. On reconnaît l’autorité du prof…

A refaire !

Re-baignade en attendant René, extirpé lui aussi des gorges par le canot des pompiers, puis nous remontons tout le lac en direction de nos mises à l’eau respectives.
Florence se régale à la barre en louvoyant face au thermique tardif.

Il est déjà 20 heures lorsque nous accostons… et presque 21 heures lorsque René nous y rejoint après avoir rencontré des  difficultés, non expliquées, pour remonter convenablement au vent.
Idem pour Pierre qui a mis le turbo en sortant le gennaker pour remonter au vent mais au détriment du cap, avec 115° entre chaque bord.

Au moins, à cette heure, les routes sont bien dégagées (mis à part la biche, le lièvre et le sanglier croisés par Pierre) et moins de 2 heures plus tard, chacun est de retour chez soi avec l’impression d’être parti une semaine en vacances.

Et dire qu’il n’y a qu’à attendre quelques jours pour pouvoir recommencer le week-end suivant… Elle est pas belle la vie !

Texte de Jean-marc Schwartz, photos de Pierre Charles et Jean-Marc Schwartz

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